Kentucky Song de Holly Goddard Jones

Offert par la merveilleuse @pages_versicolores (mordue de littérature américaine, entre autres) ce livre a été la découverte d’une plume sublime et d’un roman noir profondément humain.

Tout commence par une disparition dans une bourgade du Kentucky : Ronnie Eastman, une jeune femme qui aime bien faire la fête et qui collectionne les conquêtes, demeure introuvable. Son absence va révéler les peurs et les préjugés de son entourage : Susanna, sa sœur, en apparence bonne épouse et mère modèle ; Tony, flic et ex-star du base-ball ; Wyatt, un ouvrier qui mène une vie solitaire ; et la seule personne à savoir où se trouve Ronnie, Emily, une adolescente introvertie, bien décidée à garder le secret… A travers l’énigme d’une femme jugée un peu trop « libre », c’est leur propre vérité que tous vont découvrir.

Ce roman choral où les actions, les pensées et les destins des personnages s’entretissent, s’emmêlent et se dénouent m’a vraiment bouleversée. D’une écriture acerbe, sans fioritures et naturiste, HG Jones s’attache à nous rapporter les paysages mentaux de ses personnages où rien n’est tout blanc ni tout noir. Les portraits qu’elle peint sont d’une finesse psychologique extrême et rendent l’intrigue palpable et haletante s’en pour autant en faire un thriller ordinaire.

La disparition de Ronnie ne laissera personne indifférent des proches aux simples voisins et nous rappelle que la tragédie est universelle et nous questionne sur nos mécanismes de défense face à elle. On en vient à s’inquiéter davantage pour l’entourage de Ronnie, dont les conséquences de sa disparition creusent les failles préexistantes de chacun, que du devenir même de la disparue.

Ronnie habitait à l’autre extrémité de la ville, dans une maison qu’elle louait près de l’usine de confection où elle travaillait. Ce quartier était, comme tant d’autres à Roma, ni désagréable ni agréable. Dans une rue de familles ouvrières et de retraités, Ronnie était sans doute l’élément le moins recommandable. C’était une rue où les femmes âgées passaient le printemps à cajoler les lys et les rosiers, les hortensias et les pivoines, afin d’obtenir de courtes explosions de gloire colorée.

C’est par l’absence d’un personnage, que l’on découvre par le biais des souvenirs de chacun au fur et à mesure de la lecture, que l’autrice construit son récit à la manière d’un orfèvre qui creuse et donne forme à sa matière par les vides mettant en valeur les reliefs. Ce procédé a souvent été utilisé notamment dans le domaine des séries (Twin Peaks, Desperate Housewives, Cold Case…) et HG Jones se l’accapare totalement et avec brio pour bâtir une fresque humaine et naturaliste, noire et frappante.

J’ai ressenti une affection particulière pour le personnage de la sœur qui se bat avec un quotidien morne et des regrets qui l’entravent au passé mais également celui de Wyatt, solitaire moqué par ses collègues et dont la vie simple et morose va être ébranlée lorsque qu’il croisera le chemin de Ronnie.

Et enfin le personnage de Verocina Eastman, Ronnie, telle une Laura Palmer, traverse les pages de ce livre comme un fantôme révélateur des secrets de son environnement mais aussi la métaphore du memento mori qui nous rappelle comme la vie est fugace et précieuse.

Ce roman m’évoque avec insistance ces paroles de Leonard Cohen “There is a crack in everything, that’s how the light gets in.” C’est bien de ça dont il est question dans ce roman, d’êtres humains rongés par le passé, leur quotidien, leur entourage, leurs sombres secrets et leurs désirs inavoués mais qui cherchent, encore et toujours, l’étincelle de la vie, un fil de bonheur élimé auquel se raccrocher.

Susanna et leur mère s’assirent sur le canapé, très près l’une de l’autre, et elles installèrent maladroitement Abby entre elles, si bien que la fillette avait une jambe sur les genoux de sa grand-mère et l’autre sur ceux de sa grand-mère. […] Ronnie les cadra dans le viseur, mettant le collimateur central sur le visage de sa nièce. A les voir toutes les trois comme ça, elle ressentit quelque chose. Elle ne savait pas trop quoi, mais ça ressemblait à des battements d’ailes dans sa poitrine, à quelques chose qui prendrait son envol et resterait coincé dans sa gorge.

Ce livre a été pour moi d’un éblouissement qui n’est pas passé loin du coup de cœur absolu si ce n’est que j’aurai voulu qu’il ne finisse jamais ! Je vais suivre les écrits de cette autrice assurément ! Et je remercie du fond du cœur Fanny de @pages_versicolores de me l’avoir fait découvrir.

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2 commentaires

  1. Waouh! Je ne tenais pas encore de blog à l’époque où je l’ai lu mais je n’aurais pas mieux décrit ce livre, tu le fais très bien !
    J’ai aussi ressenti beaucoup d’affection pour les personnages, surtout pour celui de la sœur…!

    L’autrice a écrit un recueil de nouvelles !

    Aimé par 1 personne

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