Apocalypse Bébé de Virginie Despentes

– J’ai surveillé une ado de quinze ans, je l’ai perdue, dans le métro, sur le trajet de l’école, avant-hier matin. Elle n’est pas rentrée chez elle, n’a donné aucun signe. La grand-mère propose cinq mille euros si on la ramène dans les quinze jours. Et…

– Cinq mille euros, vivante ou non ?

Il faut croire que c’est une question que j’aurais dû penser à poser.

Lucie Toledo est détective à l’agence parisienne Reldanch. Trentenaire paumée et désabusée, elle est en charge de la filature d’une adolescente, Valentine. Fille de François Galtan, auteur ayant connu son petit succès et peinant à trouver sa gloire promise et d’une mère qui l’a abandonnée. La jeune fille qualifiée de « remuante, chaudasse, inconsciente » par son entourage devient une énigme pour la privée qui va être accompagnée du personnage sulfureux de La Hyène. De Paris à Barcelone, l’enquête va bouleverser et remettre en cause les vies de ceux qui ont croisé le chemin de l’adolescente douloureuse. 

Que dire de ce roman ? Ce n’est pas un coup de cœur loin de là… 

Le style de Despentes toujours aussi percutant est bien là même s’il force un peu trop le trait par moments rendant la lecture parfois caricaturale. Ce roman semble un brouillon, le terrain de jeu pour la trilogie à venir de Vernon Subutex. On y retrouve ce même schéma du postulat de départ qui ne sert que de prétexte pour ébaucher une grande comédie humaine dressant des portraits de losers, de petites gens, de français des bas-fonds que la littérature évite soigneusement d’ordinaire.

L’autrice croque, souvent avec brio, cette société à deux vitesses où les riches s’ennuient de leurs richesses et les pauvres meurent d’essayer à leur ressembler. Et la force de cette écriture c’est qu’elle ne tombe jamais dans le misérabilisme.

Mais là où le bât blesse ce n’est pas sur la forme mais bien sur le fond. L’histoire, les personnages souvent trop caricaturaux, trop détestables. En commençant par le personnage de la détective, insipide et ne convoquant jamais l’empathie du lecteur : on a tôt fait de se réjouir lorsqu’elle laisse la narration à d’autres.

Le personnage qui porte le livre serait finalement un personnage au départ secondaire, La Hyène.  On la retrouve d’ailleurs dans la trilogie Vernon mais c’est dans Apocalypse Bébé que l’on découvre ses origines. Seul personnage réellement crédible du roman, son caractère protéiforme et énigmatique donne du punch à une intrigue qui, sans cela, tournerait en eau de boudin. 

La fin du roman est aussi très discutable. Trop rocambolesque, elle a certes le mérite de ne jamais se laisser deviner. Mais elle semble apposée au roman comme une pièce rapportée qui détonne avec tout ce que l’on vient de lire et donne au roman une touche de thriller inattendue et un peu malvenue.

Pourtant cette conclusion m’a fait réfléchir à tous les messages que souhaite faire passer ce roman : le mal-être des adolescents, l’égoïsme des parents, la perte de repères avec en fond d’ensemble une société trop auto-centrée pour s’attarder sur ceux qui dérogent aux règles, ceux qui ne rentrent pas dans les cases préconçues. Quel devenir pour eux ?  Cette fin semble une réponse bien pessimiste mais envisageable.

Un bilan en demi-teinte : je n’ai pas détesté ce roman mais je ne l’ai pas toujours apprécié. Encore une fois Virginie Despentes m’a fait prendre des sentiers battus et m’a emmenée là où je ne m’y attendais pas. Je ne pense pas que ce soit son roman le plus abouti mais il lui ressemble et forme un pendant à la trilogie Vernon qui pourra séduire ses amateurs.  

Elle avait l’impression de vivre sa vie à califourchon sur un taureau de corrida, blessé et fou furieux, et elle, accrochée aux cornes, aurait bien aimé qu’il se calme. Il suffisait qu’elle arrive quelque part pour que les ennuis commencent. Pourtant, elle avait la sincère impression de faire les choses le plus correctement possible. 

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2 commentaires

  1. Tout d’abord : j’adore le passage introductif que tu as choisi haha !

    J’ignorais totalement que certains personnages de romans de Despentes réapparaissaient dans la triologie Vernon ! Trilogie que je n’ai d’ailleurs toujours pas lu, et qui est depuis plus de 8 mois dans ma PAL, herm herm..

    Tes impressions sont hyper compréhensibles, il faudrait que je m’inspire de ta manière d’écrire pour mes propres chroniques qui sont toujours un peu fouillies haha !

    En tous cas, ton avis bien que mitigé, fait une belle présentation du roman et me donne envie de le lire également, peut-être, un jour !

    Aimé par 1 personne

    • Merci ! J’ai parfois l’impression d’être trop longue ou trop évasive dans mes chroniques ton compliment me rassure! Et je pense qu’il est à lire si on a envie d’en découvrir plus de l’univers Despentes même s’il fait partie des moins bons ! Sûrement même à découvrir avant Vernon pour être moins déçu! En tout cas j’espère que tu apprécieras la trilogie (que je n’ai toujours pas finie non plus !).

      Aimé par 1 personne

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