Une petite robe de fête de Christian Bobin

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Entre deux lectures, je me suis octroyée un détour du coté de chez Christian Bobin avec son recueil Une petite robe de fête. Si je n’y ai pas forcément retrouvé ma passion enflammée pour sa narration, ce fut, comme toujours, une lecture nourrissante.

Dans ce recueil de 9 toutes petites nouvelles, l’auteur analyse et décortique nos rapports entre deux actions inextricablement mêlées : la lecture et l’écriture.

L’introduction apparaît comme un avertissement au lecteur :

« C’est un mystère, la lecture. Comment on y parvient, on ne sait pas. Les méthodes sont ce qu’elles sont, sans importance. Un jour on reconnaît sur la page, on le lit à voix haute, et c’est un bout de dieu qui s’en va, une première fracture du paradis. […].

C’est pour ça qu’on écrit. Ce ne peut-être que pour ça, et quand c’est pour autre chose c’est sans intérêt : pour aller des uns vers les autres. Pour en finir avec le morcellement du monde, pour en finir avec le système des castes et enfin toucher aux intouchables. Pour offrir un livre à ceux qui ne le liront jamais. »

L’auteur nous brosse une série de portraits, comme on croque un dessin dans un carnet aux pages cornées, sur le vif en quelques traits et toujours avec sa poétisation du « banal », du « quotidien ».

D’une femme qui trouve la force résiliente de continuer à vivre par le réapprentissage de l’écriture (Une histoire dont personne ne voulait) à une autre éprise d’amour comme de liberté, fille de l’air pareille à l’étoffe séchant au vent (Une petite robe de fête). Ou encore cette petite fille qui ne veut que chevaucher le blanc destrier de son enfance plutôt que de se confronter à l’ivoire du piano dominical qui, lui, ne la transporte nulle part (Regarde-moi, regarde-moi). Tous ces personnages semblent morcelés, incomplets et tendent vers un infini, un sublime à portée de main mais se dérobant, prolongeant leur soif du bonheur.

Christian Bobin se fait un peu Dieu à travers ces protagonistes qu’il héberge pendant un temps dans ses mains de créateur et tente ainsi de recoller, de reconstruire la Babel éclatée des sentiments humains. Le divin n’est d’ailleurs jamais loin : au détour des titres comme Faiblesse des anges ou Va Jonas, je t’attends ou par cette quête des personnages, parfois désespérée,  de signifiance et de rédemption. Tous n’aspirent qu’à la joie, la félicité ou le repos. Et je ne peux alors m’empêcher de penser aux vers du poète Yves Bonnefoy :

« Nous sommes des navires lourds de nous-mêmes,

Débordant de choses fermées, nous regardons

A la proue de notre périple toute une eau noire

S’ouvrir presque et se refuser, à jamais sans rive »

On retrouve aussi le panthéon personnel de Bobin à travers son interprétation de la légende de Perceval ou du mythe d’Iphigénie, la thématique des éléments, de l’enfermement, de la fuite en avant et, bien sûr, toujours cette transcendance de la langue.

Je n’ai pas toujours été émue par ces histoires dont le sens de certaines m’est resté obscur. J’ai même pu lever un sourcil au détour d’une phrase abritant le cliché naissant. Mais, comme à chaque fois, j’ai retrouvé cette plume d’alchimiste. Christian Bobin transmute les mots, s’empare de l’art de la métaphore et le façonne jusqu’à l’illusoire perfection, comme pour explorer l’idiome biblique « Au commencement était le verbe » et rendre compte de l’impossible : l’ancrage dans l’immédiateté, ineffable.

« Vous pouvez être absente de votre vie et tromper tout le monde sur cette absence – tout le monde sauf les bêtes, sauf les arbres, sauf les choses. Tout le monde sauf la blonde lumière d’automne, cette lumière qui pèse de toute sa douceur sur l’écorce des bouleaux et la chair des rosiers. Comment rejoindre ce qui se dérobe. Comment toucher à la vie immédiate, comment retourner à la vie simple. Oui, comment. »

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