Just Kids de Patti Smith

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Patti Smith. Ce nom m’a toujours évoqué deux choses, ou plutôt deux chansons Because the night et Frederick. Il y a trois ans, je suis tombée sur un exemplaire d’occasion de Just Kids d’occasion et cette photo de couverture m’a immédiatement séduite.

Ce cliché en noir et blanc de ces deux jeunes gens au sourire confiant sur fond de fête foraine à Coney Island avait un côté suranné qui m’a rappelé ce temps passé à écouter ces deux chansons dans ma chambre. Lorsque ces quatre murs était mon refuge mais aussi ma capsule temporelle. J’y ai eu notamment mon époque « Bob Dylan » et « Woodstock » dont j’écoutais les vinyles, piqués dans la discothèque de mon père, tentant de n’imprégner de cette atmosphère si particulière des années 60.

Puis j’ai laissé ce livre mûrir dans ma bibliothèque jusqu’à ce qu’une bookstagrameuse me donne envie récemment de me plonger dedans. Et Patti m’a offert un merveilleux voyage dans le temps…

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Patti Smith et Robert Mapplethorpe, Coney Island, 1968

« Nous nous approchions de la fontaine, l’épicentre de l’activité, lorsqu’un couple plus âgé s’est arrêté pour nous observer ostensiblement. Robert prenait plaisir à être remarqué, et il m’a pressé affectueusement la main.

« Oh, prends-les en photo, a dit la femme à son mari un peu perplexe. Je suis sûre que c’est des artistes. Peut-être qu’ils seront quelqu’un un jour.

-Arrête ton charre. C’est rien que des gamins », a-t-il répliqué dans un haussement d’épaules.

Just Kids c’est l’histoire passionnelle de deux artistes flamboyants : Patti Smith et Robert Mapplethorpe. Dans ce livre, la musicienne écrit leur vie de bohème et rend hommage à celui qui fut son ami, son amant, son frère d’ar(t)mes, son confident. L’histoire de deux jeunes gens qui s’étaient promis de s’accomplir dans le bouillon de culture qu’était New York, milieu des années 60.

La force de l’écriture de Patti Smith c’est de vous projeter en quelques mots dans cette période riche de l’histoire artistique américaine. 1967, l’année de rencontre de Smith et Mapplethorpe : les Etats-Unis sont en plein conflit avec le Viêt-Nam, Che Guevara meurt, des émeutes raciales éclatent à Detroit, Andy Warhol sort sa sérigraphie sur Marilyn Monroe, les Doors écrivent Light my fire, The Jimi Hendrix Experience sortent leur album Are you experienced et la formation Velvet Underground & Nico leur célèbre album avec la banane.  1967, une année riche et foisonnante.

Tous ces événements constituent le terreau solide qui va voir s’épanouir les jeunes Robert et Patti dont les chemins se croisent d’une manière comme seule l’Histoire sait tisser ce genre de « hasards ». De leurs débuts chaotiques, côtoyant la misère et s’adonnant à leur art comme seul échappatoire,  jusqu’à leur réussite artistique, ces deux-là n’auront de cesse de remodeler leur relation artiste-muse, échangeant leur rôle afin de redéfinir leurs limites artistiques.

Just Kids est un témoignage historique et biographique qui enrichit de façon cruciale l’Histoire de l’Art et de la Musique en cela qu’il nous donne à voir l’émergence de deux artistes avec leurs doutes, leurs tentatives et leurs recherches. A bien des moments de cette lecture, on se sent plongés dans l’atmosphère créatrice dans laquelle baignaient les deux protagonistes, on ressent le privilège d’assister à la création de leurs œuvres, comme penchés par-dessus leur épaule.

C’est en cela que réside la force d’écriture de Patti Smith, magicienne des mots mais aussi Mnémosyne de ces temps révolus qui semblent encore flotter, impalpables, tout autour de nous. On la suit au Chelsea Hotel , le rendez-vous des artistes en herbe de l’époque, sur le seuil des mythiques Electric Lady Studios où a enregistré Jimi Hendrix, dans la loge de Janis Joplin mais aussi en France, sur les traces de son poète favori : Arthur Rimbaud. On sent l’odeur des pétards et de la peinture, celle des donuts et du café noir et encore celle sulfureuse des rues de New York où l’on avait l’impression que tout pouvait arriver, dans cette mer d’idées où l’on avait qu’à tendre la main pour en attraper une.

Mais Just Kids est aussi le récit d’une quête d’identité, celle de Patti et Robert qui essaient de trouver un sens à leur vie, à leur art dans ce monde des possibles, ce « Wonderland » new-yorkais.

« Ensemble nous riions des enfants que nous avions été ; nous jugions que j’avais été une méchante fille qui s’efforçait d’être gentille, et lui un gentil garçon qui s’efforçait d’être méchant. Au fil des années, ces rôles allaient s’inverser, puis s’inverser de nouveau, jusqu’à ce que nous arrivions à accepter notre nature double et à nous mettre en paix avec l’idée que nous renfermions des principes opposés, la lumière et l’obscurité. »

Historique, poétique, nécessaire. Just Kids est un bijou biographique qui se déguste en se laissant ensorceler par la belle voix grave de Patti Smith.

"Patti with Bolex-1, 1969"

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