Contes d’une grand mère de George Sand

20171011_133836.jpg

Deuxième lecture du Pumpkin Autumn Challenge : Contes d’une grand mère de George Sand. Ce recueil que j’avais emprunté à ma mère depuis quelques temps et dont les tout petits caractères de l’édition GF Flammarion ne m’inspiraient pas confiance ne fut pas forcément une lecture tout en enchantement même si dans l’ensemble je l’ai plutôt appréciée.

Ce n’était pas ma première lecture de George Sand dont, petite, j’avais aimé le charme rustique de La Petite Fadette, apprécié son autobiographie Histoire de ma vie (étudiée au lycée) et adoré la nouvelle fantastique Laura ou Voyage dans le cristal. Et bien sûr qui n’a jamais entendu parler de sa lettre érotique déguisée à Alfred de Musset ! La découverte de cette autrice je la dois notamment à ma maman qui, berrichonne de source, a elle-même baigné dans la littérature de George Sand. Je connaissais donc le style de George, son amour pour le folklore berrichon, son attrait pour le fantastique et aussi (oui, oui, il faut le dire…) ses longueurs…

Les contes d’une grand mère sont tout d’abord des contes improvisés par Sand le soir dans son domaine familial de Nohantpour ses petites filles et notamment Aurore Lauth-Sand. Ce sont donc des récits qui se développent en premier lieu par l’oralité et sont imprégnés d’un caractère de transmission. Ces contes ayant rencontré un certain succès auprès de son audience, George Sand décide de les porter à l’écrit et de les dédier à ses petites filles, comme une forme de testament littéraire.

Dans ces Contes d’une grand mère on retrouve les thématiques principales de George Sand : le folklore berrichon, la capacité à l’émerveillement, l’intérêt pour les domaines scientifiques, des héros-enfants qui s’affranchissent de l’autorité parentale pour voler de leurs propres ailes. Les fées sont souvent des proches du héros, un peu énigmatiques, un peu sorcières qui lui font accéder à un monde merveilleux proche mais accessible par la patience et le travail.

Rappelant d’un certain côté les Nouveaux contes de fées de la Comtesse de Ségur, ces Contes d’une grand mère en adoptent les traits moraux et la question de la communication d’un apprentissage utile aux jeunes lecteurs. Il n’y a d’ailleurs pas de réel merveilleux au sein de ces récits mais plutôt un fantastique léger (pour ne pas effrayer le jeune public) jouant sur les notions de suggéré et de la frontière mince entre rêve et réalité. Mais le soin que l’autrice porte à l’enseignement de ses petits enfants alourdit quelques fois  la lecture : comme lorsqu’elle se met à énumérer une dizaine de végétaux, de minéraux ou d’oiseaux ; énumération témoignant certes de son érudition  et de son intérêt pour ces domaines d’étude mais un peu éprouvant pour le lecteur auquel elle n’est pas destinée. L’autrice se plait aussi à faire des détours dans son récit, faisant rencontrer à son héro(ïne)s de nombreux personnages, de nombreuses péripéties ne servant pas toujours la trame principale. C’est le cas notamment des contes de la première série  Le Château de Pictordu et  Les Ailes du Courage qui sont les deux contes les plus longs du recueil et qui ne m’ont pas vraiment convaincue.

Le fantastique est surtout illustré par le conte L’Orgue du Titan dans lequel un musicien raconte l’origine de son talent : une traversée d’un flanc rocheux effectuée de nuit lorsqu’il était plus jeune et pendant laquelle son imagination prolifique prit le dessus sur sa vision. Dans ce récit, George Sand joue d’ailleurs sur la sonorité des mots comme le ferait un enfant pour trouver du merveilleux dans le quotidien : ainsi le nom Chanturgue devient Chante-orgue et la roche Sonadoire devient Sonatoire, le minéral devient alors musique. Ce conte m’a d’ailleurs fait pensé à l’illustration d’Une Nuit sur le Mont Chauve qu’en avait donné le Disney Fantasia.

Certains de ces contes en appellent même à la science-fiction et à la spiritualité comme lorsqu’il est question du principe de la métempsychose. George Sand, curieuse de tout, évoque notamment dans le double conte Le Chien et la fleur sacrée (rassemblant deux récits initialement séparés, unis par le même sujet) le principe bouddhique de la réincarnation à travers le personnage d’un homme, répondant au nom curieux mais allusif de Lechien, abordant sa vie antérieure de chien et d’un lord anglais se remémorant son passé d’éléphant sacré dans les contrées lointaines de Malaisie. J’ai été subjuguée par le talent de l’autrice à projeter le récit à travers les yeux des animaux nous délivrant un récit gorgé d’empathie mais aussi de philosophie.

Dans ce recueil, on trouve aussi des contes courts et très plaisants dans lesquels l’autrice évoquent la naissance des fleurs (Ce que disent les fleurs),  où l’on remonte le temps jusqu’à la création de la poussière (La Fée Poussière) ou encore, l’on suit à travers les âges de la Préhistoire au XIXème siècle le parcours d’un minéral (Le Marteau Rouge). J’ai aimé également le message de La Reine Coax mettant en scène la figure bien connue des contes de fée de la grenouille métamorphosée et d’une jeune fille un peu disgracieuse mais douée qui apprend à s’apprécier telle qu’elle est.

sand-website

L’édition de ces contes chez GF Flammarion bénéficie d’une préface très intéressante rédigée par la spécialiste Béatrice Didier et dans laquelle j’ai notamment appris que l’on reprochait souvent à Sand de ne jamais se corriger et de toujours livrer son premier jet. Or, dans les notes annexes nous voyons le travail de retranchement, d’épuration que l’autrice effectuait régulièrement dans un souci de concision. Ces notes qui parcourent le texte donnent d’ailleurs la sensation de suivre l’écriture du texte en direct même si les allers-retours texte-notes peuvent aussi devenir pénibles.

Egalement, un témoignage d’Aurore Lauth-Sand, petite fille de l’autrice, apporte un éclairage peu connu sur la vie de George Sand que j’ai beaucoup apprécié. Bien sûr la lecture de la préface et du témoignage n’est pas nécessaire pour appréhender le texte mais peut apporter un complément d’informations agréable. Pour ma part, cela m’a permis de mieux apprécier cette lecture. Si mon début de lecture a donc été laborieux avec les contes de la première série j’ai nettement plus apprécié ceux de la seconde plus concis et tournés vers le fantastique que ces premiers plus proches des contes moraux.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s