Du Bout des doigts de Sarah Waters

du bout des doigts

Deuxième lecture du Défi Bowie (pour plus d’infos sur ce challenge littéraire, n’hésitez pas à vous référer à l’introduction de mon article sur Tandis que j’agonise), Du Bout des doigts de l’anglaise Sarah Waters fut une excellente lecture, que dis-je, une superbe découverte, un raz-de-marée,  un chef-d’œuvre,  bref un des meilleurs livres que j’ai pu lire cette année ! Et comme je suis très enthousiaste je ne sais pas si j’arriverai à bien vous en parler … Déjà car il ne faudrait pas trop en dévoiler et de plus parce que j’ai bien peur de ne pas être objective ! Enfin ma mission, (et je l’accepte !) est que vous finissiez cet article en n’ayant qu’une envie : filer vous procurer ce merveilleux ouvrage !

Le titre original du roman, Fingersmith, désigne en anglais une personne qui excelle dans une compétence nécessitant l’usage de ses mains et par extension un pickpocket très adroit, ne s’étant jamais fait attraper. C’est donc de l’univers des voleurs, leur monde d’illusions et de tromperie, dont il est question dans ce livre qui établit son intrigue dans l’Angleterre victorienne du XIXème siècle.

On y suit Susan, dite Sue, orpheline élevée dans le quartier de voleurs, véritable Cour des Miracles en plein cœur de Londres : Lant Street. A l’aube de sa majorité, Gentleman, l’un des voleurs les plus réputés de sa communauté, vient lui proposer un coup qui assurera sa fortune : escroquer une riche héritière. Pour ce faire, elle devra se faire passer pour la dame de compagnie de Maud Lily, nièce d’un vieux lord excentrique, possesseur d’une collection bien particulière, tout en influant cette dernière dans son jugement pour épouser Gentleman, se faisant alors passer pour un gentilhomme. Sue découvrira alors un monde dangereux et vertigineux regorgeant d’intrigues et de faux-semblants.

La traduction française Du bout des doigts, tout en faisant référence à ce doigté particulier qui permet aux voleurs de dérober un bijou ou de contrefaire une clé, nous laisse entrevoir un autre pan de l’intrigue, une sensibilité incongrue dans ce monde fourbe où chacun tente de tirer son épingle du jeu. Cette manière de saisir les objets avec une délicatesse prudente est aussi une façon d’appréhender le monde pour Maud qui vêt (ou dissimule) ses mains de gants de jour comme de nuit , « manie » dont on nous révélera la curieuse origine…

Ce titre recèle également la part de rêves et d’espoirs de Sue, qu’elle n’ose caresser que du bout des doigts, mais aussi la douceur ambivalente de la féminité. Car les deux femmes de ce roman, Susan Trinder, la petite voleuse et Maud Lily, la noble énigmatique, campent des personnages de femmes fortes usant de toutes leur armes et ne se comportant jamais comme on l’attendrait dans cette société puritaine et bien-pensante de l’ère victorienne. Enfin l’expression désigne l’éveil à la sensualité et la teinte érotique qui sous-tend le récit, mais sur cela je ne vous en dis pas plus !

Le livre se déroule en trois parties sur 750 pages (croyez-moi vous ne les verrez pas passer !), les deux premières parties s’achevant par un rebondissement créant un climax dans le récit et faisant entièrement basculer le sens des pages précédentes. Romancière talentueuse et figure de la littérature LGBT, Sarah Waters, avec un sens de la narration certain, construit des intrigues habiles et haletantes. Sous sa plume, le roman se transforme en véritable page-turner dont il m’a été bien difficile de décrocher ! En quelques pages seulement, l’autrice nous plonge dans l’ambiance de ce Londres mystérieux et brumeux et l’on se prend d’affection pour ces personnages parfois sournois mais ô combien humains.

« Le jour vient d’éclore », me dis-je. Il me faisait penser réellement à un œuf frais dont la coque aurait éclaté, déversant sur tout ses couleurs claires, le jaune et le blanc. Devant nous s’étalait le vert paysage de l’Angleterre avec ses cours d’eau, ses chemins et ses haies, ses églises et ses cheminées couronnées de maigres filets de fumée. […] A l’extrême limite de l’horizon, on distinguait comme une bavure, une tache, une noirceur – semblable au noir du charbon au cœur du feu – une ténèbre coupée par endroits de points lumineux, étincelants, là où le soleil se reflétait sur les vitres ou les pointes dorées des dômes et des clochers. « Londres, dis-je. Ah ! C’est Londres ! »

L’utilisation de la première personne en tant que narrateur d’abord pour Susan dans la première puis la troisième partie et ensuite pour Maud dans la partie centrale rend l’expérience de lecture plus immersive encore. Au fur et à mesure que l’on avance dans le livre, on se prend à espérer pour ces deux héroïnes dont on partage toutes les pensées et les motivations les plus intimes. On frissonne à leurs côtés, pendu à leurs lèvres pour connaître leur histoire et comment elles tenteront de déjouer les complots dans lesquels elles baignent.

N’étant pas une grosse fondue du récit d’époque, j’ai été pourtant envoûtée par ce roman, par son atmosphère et ses personnages si convaincants. J’étais tellement plongée dans ma lecture qu’à la fin de la première partie j’ai véritablement bondi dans mon lit en m’écriant « Oh p***** de b***** de m**** !!! », c’est pour vous dire ! Je n’ai pas envie de vous en dévoiler plus car je pense que la force de ce livre repose, en grande partie (mais pas que), sur son suspens.  Je vous laisse donc découvrir l’écriture surfine et acérée de Sarah Waters et vous abîmer dans cette intrigue ingénieuse.

A savoir :  le livre bénéficie d’une adaptation récente (2016) par le cinéaste sud-coréen Park Chan-Wook, (que l’on connaît notamment pour son fameux Old Boy mais aussi Lady Vengeance et le très hitchcockien Stoker) sous le titre Mademoiselle. Le réalisateur au style hors-pair a transposé l’intrigue dans la Corée des années 30 pour une version qui promet d’être décapante. Je vous glisse la bande annonce ici.

concours
Affiche de l’adaptation de Park Chan-Wook
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