Rosa Candida de Auður Ava Ólafsdóttir

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Un peu nostalgique de mon voyage en Islande, je me suis lancée dans cette lecture pour raviver un peu mes souvenirs. J’avais besoin aussi d’un peu de douceur après le terrible Tandis que j’agonise de Faulkner dont le billet arrive vite…

Premier roman de l’islandaise Auður Ava Ólafsdóttir traduit en français en 2007 (en réalité son troisième), Rosa Candida est le récit d’Arnljótur, jeune homme rêveur passionné d’horticulture qui se retrouve propulsé papa à 22 ans. L’enfant est le fruit de l’union d’une nuit passée avec Anna, une presqu’inconnue, dans une serre,  ce qui n’arrange en rien les affaires du jeune héros. Encore marqué par le décès récent de sa mère, le jeune homme ne sait comment envisager son avenir et décide alors de s’isoler sur une petite île afin de redonner ses lettres de noblesse à un jardin monacal autrefois merveille renommée, aujourd’hui tombée en désuétude.

Difficile de résumer ce roman atypique qui comme sa quatrième de couverture l’indique nous démontre que « les filles naissent bien dans les roses » en Islande. La rose, qui donne une partie de son nom à la traduction française du titre islandais Afleggjarinn, est le symbole phare du roman. Elle représente tour à tour la mère défunte dont l’espèce qu’elle cultivait, « Rosa Candida » (rose rare à huit pétales et sans épines), faisait la fierté de ses travaux d’horticulture, le jardin du monastère où Arnljótur trouve refuge, la passion du jeune homme qui rythme sa vie et ce symbole prendra même une signification nouvelle à la fin du livre que je vous laisse découvrir. On pourrait même se dire, en se rapportant strictement à l’homophonie du mot, que cette rosa candida est l’allégorie même du personnage, jeune homme incertain qui, à part quelques mois en mer, ne connait du monde que sa maison et sa serre et dont la candeur qui se fait naïveté mais aussi sincérité se révèle très attachante.

C’est sûrement ce qui m’a le plus touchée dans ce roman, le personnage principal est un personnage qui doute : il doute de l’avenir, il doute de ses relations aux autres, il doute même de sa propre place dans le monde. Son père, personnage un peu loufoque mais délicieux, voudrait qu’il poursuive ses études tandis que lui ne s’intéresse qu’à ses boutures. Les femmes qu’il a connues dans sa vie le désappointent et il ne pense pas pouvoir un jour construire une relation durable même s’il en nourrit le souhait. Bref, Arnljótur est quelque peu perdu. Et lorsque cette paternité inattendue lui tombe dessus comme un flocon de neige sur le bout du nez, le jeune homme ne sait plus du tout où il en est. D’autant plus que la mère, une jeune étudiante en génétique, ne s’attend pas et ne lui demande pas particulièrement de s’investir dans son rôle de père, assumant seule cette grossesse et ses conséquences.

Cependant, ce livre n’est pas le roman d’une paternité indésirée finalement assumée. Ce n’est pas non plus un récit d’initiation, le héros trouvant finalement la réponse à son existence dans le calme du monastère. Non Rosa Candida est plutôt un éloge de la douceur. Malgré les soucis de la vie, Arnljótur trouve du réconfort dans les choses les plus simples : la cuisine, les fleurs, les paysages, les films. Ainsi, le jeune homme n’aurait pas dépareillé dans le paysage cinématographique de Jim Jarmush chérissant les héros en errance et les petits moments de la vie incongrus. Le roman regorge de ce genre de scènes insolites : frère Thomas, un peu porté sur la bouteille, donnant des conseils de cuisine à travers les films de sa très riche collection de VHS, une conversation rythmée par du vocabulaire végétal comme seul moyen de communication, des propriétaires d’auberge gavant et choyant Arnljótur pour s’assurer qu’il emmènera bien leur fille à son école d’art dramatique située à 200 km.

 » Il me dit ne jamais faire la cuisine lui-même, mais lui vient à l’esprit quelques films que j’aurais intérêt à voir. S’il devait nommer ceux auxquels il pense en premier, il citerait la Grande Bouffe, le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant – ce qui est assurément non-conformiste et peut-être pas adéquat dans ce contexte. Mange Bois Homme Femme, Chocolat, le Festin de BabetteCœurs marinés, Chungking Express et In the Mood for Love, dit-il en s’excusant pour la traduction approximative des titres, faite de mémoire. »

La cuisine fait donc partie intégrante de l’univers de ce livre : du personnage fugace de la restauratrice apparaissant dans un brouillard de friture et de parfum à la rose aux expérimentations culinaires du père du héros (une sauce curry rendue vert fluo par un colorant), les papilles, les yeux et les narines sont très souvent sollicités. Arnljótur y trouve un vrai réconfort et oublie un temps ses tracas, les saveurs et la confection des mets culinaires l’apaisent, lui qui n’a jamais vraiment cuisiné. Sérénité qu’il retrouve également au jardin où il ne voit pas le temps passer. Ces petites choses du quotidien sont comme le remède aux angoisses de l’existence où l’on demande aux jeunes personnes de choisir leur voie, de s’insérer dans la vie et ses rouages lorsqu’ils ne savent pas encore qui ils sont eux-mêmes.

Ayant moi-même été en proie à ces questionnements et l’étant toujours à différents niveaux, j’ai été particulièrement réceptive à ce beau roman doux et lent. Je le recommande pour toute envie de calme et de douceur même s’il ne faut pas non plus s’attendre à un happy-end tout fleuri, car dans le monde d’Arnljótur comme dans la vraie vie « c’est justement quand on se met à escompter quelque chose de précis, que tout autre chose arrive« .

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