La Folle allure de Christian Bobin

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Christian Bobin ou le détail sublimé.

Cet auteur a le don de transformer les mots en or chantant pour l’œil. On savoure chacune de ses phrases comme on savoure un carré de chocolat fin ou une gorgée de grand cru…

La Folle Allure nous fait le récit de Fugue, jeune fille épicurienne amoureuse de la vie et de ses petits plaisirs. Dans ce doux roman, Jean Sebastian Bach se change en féline grosse de mélodies comme de chatons et la fugue y est un véritable art de vivre. On croise des loups qui sont des montagnes de fourrure et d’étoiles, on parle de cathédrales de chocolat, d’éclipses de cœur et on peut prendre un érable comme amant.

Dès les premières pages, on tombe sous le charme d’une héroïne insouciante qui se réinvente au gré de ses envies et de ses escapades dans un monde ‘ordinaire’  mais, il faut le savoir, dans le vocabulaire de l’auteur, cet adjectif est synonyme d’enchanteur. Les petits éléments du quotidien sont une source d’inspiration constante pour Christian Bobin. Qui n’a jamais été absorbé dans la contemplation des nervures d’une feuille d’arbre ou du tourbillon de particules de la lumière d’un rai de soleil pénétrant par la fenêtre ? Ce sont ces petites choses auxquelles l’écrivain s’attache et auxquelles il tente de donner leurs lettres de noblesse. Son écriture sans prétention est un baume au coeur, une célébration de la vie, de ses joies mais aussi de ses peines.

Ainsi, ce court roman aborde l’amour dans ce qu’il a de fulgurant mais aussi d’éphémère, comme les fleurs dont Fugue aime à peupler sa chambre. Sa première vie de bohème, son enfance dans un cirque itinérant, la dote d’une soif de découverte et d’inconnu insatiables. C’est pourquoi, elle se lance dans le mariage comme dans une nouvelle aventure sans trop soupeser les conséquences. Légère, elle aime à se répéter « on verra bien ». Cette phrase, elle en fait sa maxime, s’interdisant les regrets et le carcan de la bienséance. Elle se lance de la même manière dans le monde du cinéma, sur un hasard. Mais son caractère fantasque résiste mal à l’étiquette et finalement une chambre tranquille dans une auberge au fin fond du Jura peut aussi abriter le monde tout en constituant un havre de paix.

A l’instar de son auteur, Fugue aime se réfugier dans l’écriture pour guérir de sa fièvre de vivre trop fort. Les mots sont pour elle un nid douillet où elle se love pour se reposer, elle qui aime ‘trop’ rire, ‘trop’ parler, même à des musiciens disparus des siècles plus tôt. Gourmande, elle se gave de mots et de notes comme de douceurs. Avec cette boulimie de sensations, certains la diraient folle, d’autres simplement passionnée.

« De six heures à sept heures du matin j’enjambe une fenêtre de papier blanc, je sors et je rentre après avoir embrassé mon loup, après avoir exercé le droit élémentaire de toute personne vivant sur cette terre : disparaître sans rendre compte de sa disparition.  Écrire est une variante de ce droit, un peu bavarde sans doute, mais si pratique. »

Ode à l’enfance et à son imaginaire, à la sensualité et à la beauté, La Folle Allure est un chef-d’œuvre de la littérature contemporaine. Si vous ne connaissez pas encore cet auteur, je ne peux que vous encourager à foncer, tête baissée et à toute allure, vous enivrer de sa prose.

Pendant cette lecture, je me suis plongée dans l’écoute de Bach notamment ses variations Goldberg BWV 988, éloge de la douceur, que vous pouvez écouter ici.

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