Cloud Atlas de David Mitchell

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Aujourd’hui je viens vous parler d’une grande épopée se déroulant sur 6 époques passées et (possiblement) à venir, j’ai nommé le roman choral Cloud Atlas. Cette cartographie des nuages a été écrite par l’anglais David Mitchell en 2007 et portée aux écrans par les sœurs Wachowski et Tom Tykwer en 2012.  Ayant vu le film avant d’avoir lu le livre ma chronique sera un peu particulière et parfois comparative car, tout au long de ma lecture, j’ai été guidée par les images du film qui, soit dit en passant, est une très (très) bonne adaptation ! Je n’en ai toutefois pas moins apprécié ce livre.

L’histoire débute par la période la plus ancienne celle d’Adam Ewing, juriste embarqué à bord de la Prophétesse, au beau milieu du Pacifique en l’an 1850. Puis le récit s’enchaîne avec l’histoire du compositeur Robert Frobisher qui se retrouve en 1931 à Bruges pour échapper à ses créanciers et pouvoir donner libre cours à son art musical. Frobisher laisse ensuite place à Luisa Rey, reporter pour un journal baptisé Spy Glass (plus proche du Nouveau Détective que du Monde) qui se retrouvera en plein cœur d’un complot énergétique à San Francisco en 1975. Viendra le tour de Timothy Cavendish, homme d’une soixantaine d’années, éditeur de sa condition dans le Londres des années 2000. Nous suivrons également les aventures de Sonmi-451, clone du futur qui accède au savoir et rejoint la rébellion. Enfin nous irons à la rencontre de Zachry, à la croisée d’Sloosha, dans un futur post-apocalyptique.  Ces six personnages vont être confrontés à différentes épreuves à différentes époques mais un lien les unis pourtant les uns aux autres, lien qui prend notamment la forme d’une étrange marque de naissance en forme de comète.

La trame narrative a de quoi intriguer de premier abord : en effet, la première histoire débute le livre et l’achève en restant au début inachevée. L’épisode central du personnage de Zachry fait ainsi la jonction entre les autres récits tout en y apportant un éclairage décisif. On pourrait résumer cette trame ainsi : 1-2-3-4-5-6-5-4-3-2-1. Cette trame qui casse une première lecture chronologique nous permet de mieux saisir la dimension d’ensemble des 6 récits et nous pousse, de façon subtile, à poursuivre notre lecture jusqu’au bout si l’on veut savoir ce qu’il advint des différents personnages. L’adaptation ayant traité cette trame narrative différemment en entremêlant les six histoires – choix particulièrement judicieux pour bien comprendre ce qui unit les personnages – j’ai donc un peu regretté que l’auteur n’ait pas choisi ce traitement narratif. Cependant, pour le lecteur qui découvrirait pour la première fois l’histoire de Cloud Atlas je ne pense pas que cela soit réellement gênant car il sera guidé par sa curiosité jusqu’à la fin.

Chaque récit est abordé sous un genre littéraire spécifique. Ainsi, le périple d’Adam Ewing revête les atours de la littérature de voyage et du roman d’initiation où le protagoniste, en véritable Candide, se voit confronté au problème de la colonisation et de l’esclavage. Les aventures de Frobisher relatées par les lettres que ce dernier adresse à son fidèle Sixsmith sont les dignes représentantes du roman épistolaire. Luisa Rey est la parfaite héroïne du roman d’espionnage tandis que Timothy Cavendish est le héros d’un récit qui se placerait plutôt sous le joug du réalisme hystérique (courant ludique, plein de bruit et de fureur, qui se penche sur la folie du monde avec un humour pince sans rire et salutaire, définition du site http://www.senscritique.com). Enfin, les histoires de Sonmi-451 et de Zachry se revendiquent clairement de la Science-Fiction en prenant des allures de dystopies et de futur post-apocalyptique. L’adaptation filmique a respecté cette diversification en l’adaptant aux genres cinématographiques d’où cette légère impression de plusieurs films qui s’emboîtent pour n’en former qu’un, ce qui rappelle l’effet « matrioshka » que l’on ressent à la lecture.

Le pari pris par Mitchell de traiter 6 genres littéraires distincts tout en encrant leur utilisation dans un paysage narratif convaincant est pour moi totalement réussi. En quelques pages seulement, l’auteur arrive à nous plonger totalement dans chaque univers, nous faisant regretter par moments de ne pas pouvoir suivre les personnages plus longtemps. Mais alors le roman aurait fait bien plus de 714 pages ! Tout cela pour vous dire que l’on est happé par ce roman choral et que l’on ne voit pas ses pages passer. Si le début du premier récit m’a un peu déroutée et m’a demandé un petit effort de concentration pour bien me projeter dans cet univers qui m’est peu familier, le reste de la lecture s’est déroulé sans encombres. Si je reste particulièrement attachée aux histoires de Zachry et de Sonmi-451 cela est du au fait qu’ils évoluent tous deux dans deux genres que j’affectionne particulièrement car les autres personnages ne sont pas en reste. Vous frémirez avec Adam, vous révolterez auprès de Robert, voudrez déjouer le complot nucléaire avec Luisa et vous vous taperez de crises de rire avec Timothy.

A travers ces six récits portés par des personnages forts, David Mitchell évoque les concepts philosophiques de la réincarnation, de la persistance de la mémoire, de la nature humaine et de la transmission. J’ai trouvé ce roman d’une grande justesse, il m’a fait me questionner et m’a interpellée de nombreuses fois sur des sujets aussi divers que le traitement des personnes âgées dans nos sociétés actuelles, les « bienfaits » de la colonisation religieuse ou encore la légitimité à se laisser guider par son intuition, cette sorte de précognition.

« Les âmes traversent les âges comme les nuages traversent les ciels, pis leur forme, leur couleur et leur taille ont beau changer, ça reste des nuages, et c’est pareil pour les âmes. Qui sait d’où qu’sont soufflés les nuages ou bien en qui demain une âme se réincarn’ra ? » (Zachry dans La croisée d’Sloosha pis tout c’qu’a suivi)

Le voyage que nous propose l’auteur est également d’une grande richesse émotionnelle car il nous dépeint des personnages imparfaits qui luttent pour s’accomplir souvent en dépit d’un héritage familial lourd à porter. Ces personnages sont parfois naïfs ou lâches voire même odieux mais peuvent aussi se montrer courageux et faire preuve d’une grande capacité de résilience et les voir évoluer, se révéler est une belle expérience littéraire.

Embarquer à bord du Cloud Atlas, c’est embarquer pour l’Aventure, naviguer sur un arc-en-ciel d’émotions, traverser des tempêtes pour échouer sur des rivages inconnus teintés d’espoir.

« Et seulement à votre dernier souffle, enfin comprendrez-vous que votre vie n’a guère davantage compté qu’une goutte d’eau dans l’infini de l’océan! » Cependant qu’est-ce qu’un océan, sinon une multitude de gouttes ? »

 

Et pourquoi ne pas prolonger l’expérience en visionnant la version filmique.

La bande annonce ici. 

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