D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

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Il y a peu je finissais ce roman de Delphine de Vigan D’après une histoire vraie aux éditions Le Livre de poche. Si j’avoue l’avoir dévoré en à peine trois jours, je reste mitigée quant à cette lecture.

Explications …

« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser.»

Dans cet écrit, Delphine de Vigan nous raconte une histoire, son histoire « vraie ». Elle débute l’intrigue après le succès retentissant de son dernier livre intitulé Rien ne s’oppose à la nuit qui traite de sa mère défunte, atteinte de bipolarité. Éreintée par le rythme infernal des salons, des dédicaces et autres « obligations » d’un auteur célèbre, la narratrice commence à se questionner sur ce qu’elle a encore à offrir au public. Ayant puisé dans son moi le plus intime pour écrire ses souvenirs de cette mère bipolaire, elle ressent désormais une sorte de vide. Et, comme souvent avec le succès soudain, une forme de culpabilité. C’est dans cet état d’esprit trouble qu’elle fait la rencontre d’un personnage féminin que l’on ne connaîtra que sous l’initiale L. L. semble d’emblée cerner les doutes de l’autrice et les deux femmes deviennent très proches. Mais, comme le suppose l’incipit du roman, cette rencontre ne se révèlera pas si bénéfique et salvatrice comme elle semblait le promettre.

D’après une histoire vraie développe le thème familier de la page blanche et de l’angoisse qui l’accompagne ainsi que de la fascination pour les êtres toxiques. Vous l’aurez vite compris cette fameuse L. n’est pas celle qu’elle prétend être et sans vous dévoiler la fin du roman, l’escalade de la manipulation psychologique jusqu’au climax funeste s’avère inévitable. Mais surtout, Delphine de Vigan y évoque la pression des artistes à « créer » et les rapports complexes qu’ils entretiennent avec la Vérité.

Sous couvert du thriller psychologique, l’autrice brode en filigrane une réflexion sur l’écriture et la lecture et notre relation, en tant qu’auteur ou lecteur, à ces actes. Le roman qui se décompose en trois grandes parties « Séduction », « Dépression » et « Trahison » – parties qui retracent le schéma psychologique par lequel passera la narratrice – cite à trois reprises Stephen King et ses deux œuvres La Part des Ténèbres mais surtout Misery. Ces deux romans traitent de l’écriture à travers deux personnages écrivains. L’un devra affronter le personnage phare de ses romans qui reviendra littéralement à la vie pour se venger de son créateur ayant décidé de mettre fin à ses jours  pour pouvoir se consacrer à un autre type de littérature. Le second se verra séquestrer par une fan (très) déçue par la fin de son dernier roman et qui l’obligera à en écrire une suite selon ses désirs.

Leur citation par de Vigan n’est pas anodine et participe de cette réflexion amorcée sur la frontière mince entre la réalité et la fiction et le caractère de passeur de l’auteur. Mais l’autrice use également de ces références pour illustrer les thématiques de l’écriture sous contrainte (contrainte de l’éditeur, attentes du public et de la critique) et de la propriété aliénante du succès.

Si ces réflexions constituent, à mon sens, l’épine dorsale du livre, bien au-delà de l’intrigue un peu passe-partout et mille fois éculée par le genre du thriller psychologique, je ne les ai toutefois pas trouvées suffisamment développées.  J’ai été certes touchée par les failles et les doutes de ce personnage « fictif », ce double de l’auteur, mais jamais en revanche par le personnage de L. que l’on voit arriver de loin avec ses gros sabots et sa pancarte « ATTENTION PERSONNAGE MÉCHANT« . J’ai aimé que de Vigan s’attarde sur la fascination que l’on peut ressentir pour des êtres charismatiques mais nocifs, cette façon qu’ils ont de panser nos blessures tout en en faisant éclore de nouvelles et l’état de dépendance qui découle de ce comportement nourricier et sadique. Mais cette manière si peu subtile d’amener les motivations du personnage de L. m’a véritablement empêchée de jouir pleinement de ma lecture. Et si L. peut représenter le lecteur inquisiteur et impitoyable qui se cache en chacun de nous, elle revêt aussi par moments des allures de caricature gênante.

« On voit bien que c’est fini, ai-je plaisanté, puisqu’il n’y a plus de pages ! – Non je ne crois pas. Je crois que le lecteur aime bien qu’on le lui dise. C’est le mot FIN qui lui permet de sortir de cet état particulier dans lequel il se trouve, qui le rend à sa vie. »

L’autrice place son roman dans un paysage littéraire quelque peu désabusé où les lecteurs ne seraient qu’en recherche de faits réels, de sensationnel et où la fiction se fait plutôt mal mener, notamment par les critiques acerbes de L. à son encontre. De Vigan esquisse une critique à peine voilée sur le voyeurisme et la quête inépuisable du Vrai, exacerbés par les biographies et autobiographies ainsi que les émissions de télé-réalité qui ne cessent de fleurir. Mais j’ai trouvé que cette critique enfonçait une porte grande ouverte. Bien sûr qu’il existe un public (et je choisis ce mot pour sa signification très large) friand de faits réels et que cet appétit a cette fâcheuse tendance à appauvrir le domaine de la création. Mais d’un autre côté, l’explosion de la littérature fantasy, entre autres, depuis quelques années ou encore le phénomène de la fan fiction confirme que l’imaginaire et la fiction ne se sont jamais aussi bien portés. Catégoriser ainsi le lectorat et la création actuels, c’est ne regarder qu’un seul côté de la pièce sans l’envisager dans son ensemble. Même si je suis consciente que cette exagération fait partie de la machination de ce roman pour arriver à la proclamation de la victoire du fictif sur le réel.

Toutefois, il faut reconnaitre à ce livre une réelle qualité de page-turner. Si l’intrigue n’est pas très originale (un personnage aux desseins cachés, fascinant et manipulateur, qui entraîne sa victime dans un maelström de souffrance psychologique) elle se révèle cependant payante : notre curiosité piquée au vif nous pousse à savoir jusqu’où cette manipulation va mener le personnage. Le rythme de narration  en chapitres courts dévoilant des indices au compte-goutte sur la finalité de cette relation ambigüe avec L.  participe de cette curiosité. Et même la fin que l’on pressent à cent lieues a le mérite de nous questionner (ATTENTION SPOIL) sur l’existence même du personnage de L. et des ressorts de l’esprit pour nous sortir de situations inextricables et dangereuses.

Dans l’ensemble, ce fut néanmoins une bonne lecture même si j’aurai aimé que Delphine de Vigan étoffe un peu plus l’intrigue qui accumule les clichés et  m’apparaît comme une coquille vide pour ses observations sur la littérature. D’après une histoire vraie fait également partie de ces romans, tout comme ces films à twist, où la deuxième lecture nous fait envisager l’histoire de l’autre côté du miroir.  De plus, la volonté de l’autrice de partir du réel et, a fortiori, de sa propre vie pour se livrer à une réflexion sur la vérité et l’authenticité de l’écriture est un choix courageux qui reflète bien cet abîme sombre et intime dans lequel les artistes puisent leur matériau de création. Et si certains essaieront probablement de savoir où s’arrête la réalité et où commence la fiction dans ce livre, je pense que Delphine de Vigan aura réussi son coup quant à nous confronter à nos réflexes de lecteur et à notre attirance maladive pour le Vrai.

« C’était donc … vrai, voilà ce que les gens attendaient, le réel garanti par un label tamponné sur les films et sur les livres comme le label rouge ou bio sur les produits alimentaires, un certificat d’authenticité. Je croyais que les gens avaient seulement besoin que les histoires les intéressent, les bouleversent, les passionnent. Mais je m’étais trompée. Les gens voulaient que cela ait eu lieu, quelque part, que cela puisse se vérifier. Ils voulaient du vécu. »

 

Pour info, le film a été adapté il y a peu par Roman Polanski avec Emmanuelle Seigner dans le rôle de Delphine de Vigan et Eva Green pour celui de L. Vous pouvez trouver les premières images du film et les impressions des actrices ici

 

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